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Mais d'ou nous viennent ces mots ?

 


Explications sur l'origine de cheval - poney - jument - étalon - poulain


 

Bai… Poney… Troussequin… Balzane… Volte… Mais d’où nous viennent tous ces mots étranges qui composent notre jargon équestre ? Jusqu’au XIXème siècle le cheval a joué un rôle tellement important dans notre civilisation qu’il est le générateur de tout un champ lexical immensément riche au sein de notre langue. Qu’elle piaffe en robe est en sabots cette cavalière andalouse ou qu’il batte la foulée à boulets et canons forts, notre cher équidé est une véritable source linguistique. Nous vous invitons à ce grand voyage étymologique à travers l’histoire de ces mots d’équitation.

 

Si le cheval vient clairement du latin caballus il serait difficile de faire un lien direct avec l’équidé. En effet equus en latin est la nomination classique de ce grand mammifère ongulé. equus et caballus semblent donc bien distincts. Comment se fait-il alors que c’est au terme caballus que notre cheval doit son origine ?


Il faut remonter à l’usage qu’en firent les latins. En effet, on appelait caballus un simple cheval, hongre et de dignité modeste que la plupart des paysans avaient dans leurs écuries. Alors que le terme equus désignait bien plus une légère et fière monture qui offrait grâce et allure aux nobles de la cité. C’est semble-t-il aux gaulois que l’on doit l’origine du mot caballus. Leurs chevaux de petite taille auraient alors nettement contrastés avec la noblesse de l’equus. Puisqu’au cours de son évolution la langue a tendance à ne conserver que l’usage commun et populaire des mots, le terme caballus a très vite éliminé le latin classique equus et s’est ainsi généralisé dans toute l’Europe donnant vers l’an 1080 le mot cheval en français, caballo en espagnol ainsi que cavallo pour l’italien. L’equus, quant à lui, n’a tout de même rien perdu de sa noblesse puisqu’il fait de l’équestre tout un art et qu’il rend savant l’animal lorsqu’il s’agit de zoologie.
L’immense présence du cheval dans notre société a su enrichir notre langue d’un certain nombre de mots et d’expressions.


Ainsi, dès 1080 le terme chevalerie ravive de gloire féodale le terme caballus en envoyant ses chevaliers défendre la chrétienté en terre sainte. A partir de l’an 1308, qui coïncide sûrement avec l’arrestation des derniers chevaliers membres de l’ordre des Templiers sous l’ordre de Philippe le Bel, le terme chevalerie disparaît des usages. Depuis, c’est à peine si on distingue encore l’écho chevaleresque (de l’italien cavalleresco) de ces chansons de geste qui s’épuise lentement sous les assauts d’une nouvelle cavalerie. A noter que le terme chevaleresque a très vite remplacé, au cours du XVème siècle, le terme chevalereux dérivé de l’ancien français chevaler, aller à cheval. Si survit néanmoins notre chevalier servant il n’en reste pas moins au cavalier les manières. En effet, dès le XVIIème siècle nos cavaliers s’invitent dans les bals pour y séduire toutes demoiselles inspirées. Mais il leur faut patienter l’an 1900 pour en faire de véritables cavalières. En attendant, ils font cavaliers seuls répétant sans cesse cette fameuse figure de danse. Faire cavalier seul n’étant au départ qu’un pas de danse que l’homme accomplissait seul lors du quadrille. A moins que, las d’attendre, nos gentilshommes décident dès 1592 de monter sur leurs grands chevaux et de cavaler les filles dès 1821, au risque de mener une vie désordonnée et de finir en cavale, terme généralisé par le roman d’Albertine Sarrazin, la cavale issu de l’argot des malfaiteurs et de la police.

 

Mais qu’en est-il de notre chère jument ? L’étymologie ne doit pas en être fière… en effet, c’est du terme joug, dérivé du latin populaire jugum, que le mot jumentum est originaire. Il désigne l’attelage et, par glissement, les bêtes de somme qui servaient au transport. L’emploi habituel des poulinières pour ce genre de travail a naturellement, dès le VIIIème siècle, contribué à l’utilisation du terme jumenta pour désigner la femelle du cheval. Le mot jument a rapidement supplanté l’ancien français ive issu du latin equa (féminin d’equus) pour se généraliser à partir de 1120. A noter que l’espagnol conserve ive comme origine au mot yegua qui désigne la jument.

Notre poney, quant à lui, est un magnifique aller-retour étymologique entre l’anglais et le français. Emprunté dès 1822 à l’anglais pony, son origine est écossaise. Powny ou powney se rencontre dès 1659 et semble issu d’un type antérieur pouleney lui-même emprunté au français moyen poulenet (vers 1444) qui désignait un petit cheval. Et voila ! Fabuleux retour linguistique n’est-il pas ? A remarquer que le français ponet et son féminin ponette étaient utilisés également dans le royaume de France. D’ailleurs le terme ponette a été conservé, notamment grâce aux turfistes du XIXème siècle, pour désigner la femelle du poney et de temps en temps les jeunes filles. Eh ! Ponette ! Regarde un peu le pactole que j’ai ramassé !

 

L’histoire ne se termine pas là. En effet ce fameux poulenet de 1444 est un diminutif de polain ou poulain. C’est le latin pullus dont l’origine rustique serait semble-t-il très proche du latin puer (l’enfant) qui se transforme dès le VIIème siècle en pullamen. Ce terme du latin médiéval représente d’abord collectivement le petit d’un animal. Pullamen donne pulain (1121) puis polain (vers 1176) et enfin notre tendre poulain (vers 1210). Nous observerons également que le latin pullus est également à l’origine du mot poulet qui n’est autre qu’un jeune coq. Mais cela n’a rien à faire dans nos étables surtout si on sait que ce mot, du latin stabulum, est directement lié au francique stallo qui nous a donné l’estalon en 1211 et par évolution phonétique le terme étalon. Le francique stallo qui désignait le cheval gardé à l’écurie (origine du mot stalle, vous l’aurez remarqué) est étroitement lié au francique stalo qui représentait tout simplement un poteau, peut-être autour duquel l’étalon était attaché…
Enfin, c’est parce que la pratique hongroise qui consistait à châtrer les chevaux mâles s’est répandue dans toute l’Europe que notre hongre est le tremplin étymologique du célèbre caballus.

Auteur de l'article: Régis Floury / e-mail: regis.flouryvoila.fr

 

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